39. Tout heureux, presque excité

 

Amédé suggéra que l’on s’intéresse d’abord à l’argent plutôt qu’au mort, car la résolution du problème de l’argent volé pouvait peut-être éclairer nos recherches sur l’assassinat. Hugo rappela qu’Arlan avait à deux reprises crié au vol :

– La deuxième fois, dit-il, il s’agissait clairement du manuscrit.

– Ça veut certainement dire, continua Amédé, qu’il avait été en possession du manuscrit complet. Donc, ou bien Piepie-Vanvan lui a remis la suite contre argent, ou bien Arlan a été volé les dernières pages dans la chambre de la victime.

– Arlan aurait-il tué Piepie-Vanvan ? fit Hugo.

Je laissai mes gendarmes s’entretenir de l’affaire. Cette gymnastique cérébrale est bonne pour tout le monde.

– Mais ça veut dire aussi, reprit Amédé, que le manuscrit a été volé entre la première descente d’Arlan lors de notre arrivée et son retour dans sa chambre pour avaler ses médicaments.

– On peut plus encore resserrer la chose, poursuivit Hugo. La seule personne qui, pendant ce laps de temps, était à l’étage sans surveillance, c’est Roger Crolle. C’est donc vraiment bien lui qui a volé le manuscrit dans la chambre de Charles-Edouard Arlan, entre la descente fracassante de l’écrivain célèbre et le moment où je suis allé réveiller l’écrivain inconnu. Et l’histoire de somnifère de Crolle, c’est du pipeau, car on n’en a retrouvé aucune trace dans sa chambre. N’est-ce pas, Antoine ?

J’acquiesçai tout sourire d’un signe de tête. Mes deux collègues étaient tout heureux, presque excités. Ils poursuivirent leurs raisonnements. D’abord Hugo :

– La première fois qu’Arlan avait crié et qu’il avait prétexté un rêve devait correspondre à la découverte du vol de l’argent. Il ne pouvait s’agir que d’argent, car on ne vole pas un chèque vierge.

– Un chèque, ajouta Amédé, se fait lors d’une transaction.

Je ne voulus pas contredire ces déductions, mais il fallait les étayer un peu plus. Je demandai à Amédé de téléphoner à la brigade qui avait fouillé la maison de Piepie-Vanvan pour en savoir un peu plus sur le coffre-fort. J’envoyai Hugo interroger la boulangère et la bouchère, qui m’avaient l’air des plus grandes concierges que pouvait compter Bayencourt. Qu’avaient-elles vu quand Arlan était arrivé à l’auberge.

Quant à moi, j’espérai un instant pouvoir profiter du calme et de la douceur de ce jardin. J’imaginai la tonnelle en septembre, offrant de belles et grosses grappes de raisins mûrs. Il y en aurait pour les yeux, pour les mains aussi et bien sûr pour la bouche et le ventre. Ma rêverie fut interrompue par Rose Alonde qui, elle, n’avait pas de poitrine. Elle apportait, encore fumante, une galette au sucre.

– Elle vient juste de sortir du four. C’est maintenant qu’il faut la manger.

C’est vrai qu’elle était bonne, la galette, moelleuse, dorée, chaude, sucrée, légère. Quelle idée de travailler dans de pareilles conditions. Je demandai quand même à Rose Alonde si par hasard elle avait pénétré dans la chambre d’Arlan juste après son arrivée.

– Ah ça oui. Sa chambre et sa valise.

– C’est-à-dire ?

– D’habitude, c’est la patronne qui range les affaires d’Arlan, car vous savez, c’est un drôle de client, le Charles-Edouard, qui aime bien se faire servir. Un peu maniaque en plus. Il veut à chaque fois qu’il vient qu’on lui range le contenu de sa valise dans l’armoire. Et idem quand il s’en va, il faut lui faire sa valise. Mais bref, hier madame Grumillon était trop occupée dans sa cuisine, trop préoccupée par la dinde rouge. Le patron m’a téléphoné et je suis venue défaire la valise du client.

– Vous n’avez rien remarqué de particulier ?

– Ah bin si ! J’ai compris pourquoi sa valise était énorme. Il y avait un gros oreiller. Un gros truc, rempli de crin, car il paraît qu’il est allergique à la plume et à la mousse.

– En crin ?

– Oui, du crin de cheval sans doute. Enfin, je ne sais pas.

– Vous n’avez remarqué rien d’autre ?

– Non. Quoique si. Quand je suis entrée dans sa chambre, je pensais qu’elle était vide. Je frappe un coup comme c’est l’usage et je rentre aussitôt. Le client était pourtant là, à genoux près de l’armoire.

– Qu’y faisait-il ?

– Il fermait le tiroir bas de l’armoire. J’ai entraperçu comme un truc métallique rectangulaire. Arlan a refermé le tiroir, à clé et a mis la clé dans sa poche. Il m’a jeté un regard méchant et m’a demandé ce que je venais faire. Je lui ai répondu et il est sorti. Après en douce, j’ai essayé d’ouvrir le tiroir, mais il était bien verrouillé.

 

La suite (chapitre 40) dans une semaine, dimanche à 11 heures, d’ici là, vous aurez eu le temps de relire les épisodes précédents

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