Quand un Ardennais déménage dans le sud de la France, soit on est jaloux de son soleil, soit, parce qu’on est attaché à sa terre, on ressent une forme de trahison. De son côté, pour l’Ardennais expatrié, en Provence par exemple, il y a deux cas de figure : on a oublié son pays natal ou, consciemment ou pas, on a besoin de se faire pardonner : en retournant régulièrement dans le 08 pour revoir sa famille et ses amis, ou en écrivant des romans ancrés partiellement ou totalement dans les Ardennes, ou encore les deux.Pour Jean-Michel Lecocq, né à Bogny-sur-Meuse et vivant à Trans-en-Provence, le pardon est accordé, car l’écrivain a su produire plusieurs romans ayant un pied dans les Ardennes et parfois les deux pieds bien enracinés dans notre département. Il n’y a qu’à se rappeler le truculent Squelette de Rimbaud. Fin 2019 est paru, aux éditions Lajouanie, son dernier roman, La caresse des orties, qui ne fait pas exception à cette règle, et qui nous permet de pardonner à nouveau.Jean-Michel Lecocq

Au début de l’intrigue, La caresse des orties, roman policier, se déroule à trois endroits différents (Paris, les Pyrénées Atlantiques et les Ardennes), à trois moments différents. Le lecteur, qui n’est pas sot, se demande quel est le lien entre ses trois lieux. Voilà un bon moteur à intrigue qui nous invite à tourner les pages. Progressivement, tout se resserre sur les Ardennes et le roman finit par devenir 100% ardennais. D’ailleurs, parmi ces trois lieux, le seul endroit où l’on vit réellement (où il y a de l’amitié, de bons repas, des promenades, des rires), c’est les Ardennes. Un bon présage…

Un élément important du livre de Jean-Michel Lecocq, c’est évidemment le personnage récurrent à plusieurs de ses romans : le commissaire Payardelle, qui pour fêter ses 50 ans, réunit trois amis et ex-collègues dans la maison familiale de Bogny-sur-Meuse. Ce retour aux sources pour le commissaire, à l’occasion d’un anniversaire qui souvent vous invite à revenir sur des souvenirs d’un demi-siècle, c’est une plongée nostalgique dans ce bout d’Ardenne et une invitation à se rappeler en partie son histoire, l’histoire de sa famille, des histoires de famille. Que ce soit la vôtre ou celle des autres, les histoires de familles se prêtent généreusement à littérature, et parfois aux intrigues de polar.

On a beau suivre les souvenirs du commissaire Payardelle, ce « flic hors normes, capable, par sa personnalité et son flair, de venir à bout des enquêtes les plus complexes et des criminels les plus retors », sans aucun doute, on accompagne dans ce livre les propres souvenirs de l’auteur. Les gens de Bogny, de Monthermé, de Château-Regnault s’y retrouveront encore plus que les autres, reconnaitront peut-être même quelques personnages. La fiction ne s’ancre pas seulement dans une géographie, mais dans l’histoire personnelle des Ardennais, qu’ils aient vécu ou fréquenté la Vallée de la Meuse ou Charleville.

Les Lettres Ardennaises devraient pouvoir user de deux armes efficaces à sa promotion : l’édition régionale (malheureusement pas assez développée) dont le rôle serait d’offrir aux auteurs ardennais la possibilité d’être plus facilement lu dans les Ardennes ; et l’édition nationale (parisienne) qui permettrait de faire connaître nos auteurs et notre territoire au reste de la nation, et qui, ce n’est pas négligeable offrirait une reconnaissance littéraire à une production locale. La caresse des orties, même si elle a été produite en grande partie sous soleil provençal, est publiée chez un éditeur ayant une adresse parisienne, donc diffusée partout en France, et le texte lui-même constitue un véritable guide touristique en faveur des Ardennes. Même si une grande partie de l’action se déroule en automne avec une météo souvent pluvieuse, Jean-Michel Lecocq a su bien décrire les paysages, les gens, la culture des Ardennes en général et de la Vallée de la Meuse en particulier. Il suffit, comme le fait l’auteur, de prendre un Ardennais qui invite dans son département natal des amis étrangers aux Ardennes, et qui veut leur faire découvrir le pays, son histoire et sa culture, pour transformer subtilement un polar en guide touristique. L’artiste en VRP, on prend ! Hormis cela, La caresse des orties, c’est plus de 350 pages de plaisir : l’intrigue (le polar) et la promenade familière dans les Ardennes ; ce qui nous fera placer, après la lecture, le bouquin dans la bibliothèque de la Cacasse littéraire.

 

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(re)Lisez la chronique de la Cacasse littéraire sur un autre roman policier ardennais de Jean-Michel Lecocq…

Le squelette de Rimbaud, de l’agitateur Jean-Michel Lecocq