Jean-Michel Lecocq, ardennais né à Bogny-sur-Meuse, ayant habité Sedan pendant plus de 15 ans, a déserté le 08 pour le sud de la France… Quelle idée ! On lui pardonnera cette incongruité après la lecture de ce roman « pas policier mais presque… » comme l’annonce l’éditeur La Jouanie. En fait, qu’importe le lieu de résidence d’un auteur ardennais si au moins il n’oublie pas son département d’origine dans ses bouquins… (je vais chercher à me procurer son livre Portrait-robot dont une partie de l’action se déroule dans les Ardennes et Le secret des Toscans qui malgré son titre est ancré à Sedan).

Après cette première incongruité, certains en énonceront une seconde avec un titre pareil ! Le squelette de Rimbaud ! Comment ose-t-on toucher au poète ? Ce titre, c’est surtout une idée de roman. Et comment naît une idée de roman ? Ça, il faut le demander aux auteurs eux-mêmes. Mais pour ce qui est de la genèse du Squelette de Rimbaud, je ne serais pas étonné qu’à l’origine il y ait un autre roman, lui aussi ancré dans les Ardennes, je veux parler du Fémur de Rimbaud de Franz Bartelt (cliquez ici pour lire la chronique de la Cacasse littéraire qui lui est dédiée). Mon hypothèse semblerait exacte, car l’argument déclencheur du livre est justement le roman de Bartelt : selon la lubie d’un conseiller municipal, le livre de Franz Bartelt se doit d’être présent au Musée Rimbaud avec, pour illustration, quelque chose ayant appartenu de près ou de loin au poète. Et quoi de mieux que le fémur d’Arthur.

L’exhumation qui va s’en suivre (et dont je tais ici le résultat, mais il est épatant) ouvre, non seulement un cercueil, mais aussi une enquête policière où il y aura le minimum de rebondissements et de cadavres. L’enquête est minutieusement menée par le lieutenant Vidal, un policier rémois, autant sur les lieux où a vécu Rimbaud (à Charleville, à Roche non loin d’Attigny et de Vouziers), mais aussi là où il est mort (à Marseille). Elle frise parfois l’enquête journalistique d’un grand reporter, recense tout et même jusqu’aux théories du complot relatives au squelette du cher Arthur (ça m’a fait penser au trafic de reliques de nos Saints par le passé). Non content d’écumer la géographie, Vidal s’intéresse aussi à l’histoire et particulièrement aux dernières semaines de Rimbaud. Jean-Michel Lecocq s’amuse avec brio à mêler passé et actualité avec la fiction. Au total, en plus du roman policier, on a son content d’histoire littéraire. Et en tant qu’Ardennais, il est des choses qu’il faut savoir. Par-dessus le marché, chaque chapitre du livre reprend en exergue des vers du poète ; de quoi rappeler ses classiques !

Enfin, grande leçon du roman pour les Ardennais qui se plaignent d’habiter dans un département sinistré et pour les autres Ardennais qui aimeraient tant agir pour qu’on parle enfin de nous, Jean-Michel Lecocq, sur le ton de la légèreté nous montre comment mettre le 08 à la une de l’entière presse nationale, papier et audiovisuelle, et même d’intéresser le reste du monde. La recette : toucher à l’intégrité d’une icône tant départementale que nationale ! Avec une ou deux petites exhumations bien ciblées, ou toute autre action iconoclaste, vous créez une révolution qui dépasse de loin les frontières du culturel et du régional. Donc, activistes, vous savez quoi faire pour qu’on parle un peu plus des Ardennes. Mais attention, du coup d’éclat au ridicule, il n’y a qu’un pas, que de nombreux Ardennais ont franchi en abusant du prénom et nom du poète pour essayer de vendre tout et n’importe quoi.

D’une idée bancale, Jean-Michel Lecocq a su construire un polar qui tient très bien la route avec à la clé un criminel aux mains sanglantes. À chaque page, quasiment, l’ancrage ardennais est présent ; rien que pour ça, Le squelette de Rimbaud fait partie de la bibliothèque de la Cacasse littéraire. Et si le prix du bouquin (quelques cafés ou bières en terrasse place Ducale) vous semble élevé pour un format frisant le poche, relisez la poésie du grand Arthur, gratuite en bibliothèque ou sur le net, comme ce poème très sympathique qu’est Au cabaret Vert, cinq heures du soir (ainsi vous saurez d’où vient le nom d’un festival bien connu).

 

Pour vous procurer Le squelette de Rimbaud, cliquez sur l’image

Jean-Michel Lecocq tient un blog : ma fabrique de polars.

Vous retrouverez ici le poème Au cabaret Vert, cinq heures du soir.

 

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