Quand on sait que ce roman de Yanny Hureaux (paru en 1999) se passe pendant la Première Guerre mondiale, le titre nous promet deux choses : la survie et la souffrance des Ardennais lors de l’occupation du département par les autorités allemandes. Un siècle après, il est utile de se rappeler que, de l’autre côté des tranchées, un grand nombre de départements frontaliers ont subi l’oppression de l’ennemi d’alors. Celui-ci dépouilla les gens en leur retirant jusqu’à la laine de leur matelas, et s’appropria le sol jusqu’aux orties.Yanny Hureaux nous offre un récit se déroulant pendant la première année de la Grande Guerre. De l’été 1914, juste avant la déclaration de guerre, jusqu’au début de l’été 1915. Les premiers chapitres, qui exposent un bel été, riche en moisson, en promesse de mariage, nous permettent de mieux juger par la suite de la misère des restrictions et des brimades que nos Ardennais vont subir.L’action se passe dans un village imaginaire que Yanny Hureaux situe sur les Hauts de la Vallée de la Semoy. Ce village, Torémont, existe pourtant bien dans le cœur de l’auteur : il a bâti son histoire à partir du souvenir et des histoires de ses grands-parents ; de plus, détail qui ne ment pas, un Toré est un habitant de Gespunsart, le village de l’écrivain. Le lecteur, désireux de mieux localiser ce village imaginaire, pourra s’amuser avec les noms exacts comme Monthermé, Tournavaux, Thilay, Aiglemont, mais surtout avec les noms imaginaires, mais si vrais pourtant, tels Toupehan ou Basse-Rivière.Suite à un exode précipité et raté, la famille Titeux, mais mieux connu sous le sobriquet des Émouchets, est séparée en deux. Ceux partis vers la France libre, mais dont on est sans nouvelle, et ceux obligés de rester au village. Trois des Emouchets en particulier, restés à Torémont, seront les héros de l’histoire, trois générations permettant à tout lecteur, jeune comme moins jeune, de s’identifier au grand-père Gaston, à sa fille Jeanne-Marie ou à son petit-fils Victor. Nous vivons avec eux, non seulement la vie de l’occupation allemande à la campagne, mais aussi un roman de résistance et d’espionnage. Oui, une sacrée aventure, et pas toujours drôle, pleine de risques ! Et ça aussi, c’est à souligner ! Généralement, quand on parle de résistance, on pense aux mouvements de résistance de la Seconde Guerre mondiale, mais on oublie aussi l’héroïsme de certains en zone occupée pendant la Grande Guerre. À côté de la résistance du quotidien pour survivre, nous allons découvrir la résistance quasi-armée de Gaston, Jeanne-Marie et Victor devenant les compagnons d’espions venus du ciel. Ces activités d’espionnage nous amèneront à Charleville ou en Belgique. Elles nous familiariseront un peu avec les colombogrammes et les premiers aéroplanes militaires. On rit et on pleure en lisant la résistance ordinaire et extraordinaire de ces Ardennais.

Alors si vous n’avez pas encore lu Le pain de suie, revivez à sa lecture la vie dure et incroyable de nos aïeux. Et si vous l’avez lu à sa sortie en 1999, ça vaut le coup de reprendre le livre pour se replonger l’instant de quelque 300 pages dans cette réussite des lettres ardennaises.

Le roman est disponible en format poche. Pour plus d’information cliquez sur l’image ci-dessous : 

Et avez-vous lu Bille de chêne, du même auteur ? Ça, chaque Ardennaise, chaque Ardennais devrait l’avoir lu au moins une fois dans sa vie. Consultez la chronique consacrée à ce roman de Yanny Hureaux en cliquant sur le lien suivant :

« Bille de chêne » de Yanny Hureaux, un bout d’Ardenne indispensable

 

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