11. Ni Bertillon, ni sa dame.

 

Seul avec Hugo, je lui demandai quand allait arriver le renfort scientifique et quand on allait venir enlever le mort ?

– Ce n’est pas pour maintenant ? Amédé a téléphoné. Le service scientifique est déjà pris à l’autre bout du département. Une autre brigade a été plus rapide que nous. Il s’agirait d’un quintuple assassinat à armes diverses – blanche et à feu, plus les mains pour un étranglement – dans une maison bourgeoise avec un cadavre dans chaque pièce.

– Et qu’est-ce que je fais de mon mort, moi ?

– Le capitaine a dit de faire pour le mieux…

– Pour le mieux ! Il me fait rire, le gradé.

– Il a ajouté : et à l’ancienne.

– N’aurait-il pas cité Bertillon et l’anthropométrie par hasard ?

– Je ne connais pas ce monsieur ni cette dame. Mais je ne crois pas qu’il en ait parlé. Il a fini en disant que l’O.P.J. Antoine Fabert a carte blanche.

Furieux, je faillis laisser Hugo Magogneau et sa bêtise au rez-de-chaussée, et aurais aimé, seul, pouvoir me calmer à l’étage en examinant la chambre numéro 4, mais je ne pouvais réaliser tout seul l’examen scientifique de la chambre. Je l’envoyai chercher dans la voiture de fonction le matériel nécessaire.

Ça fait toujours quelque chose de pénétrer dans la chambre d’un mort, même si on commence à en avoir l’habitude. Quoi que le désordre de la chambre distrayait un peu du caractère lugubre d’une chambre mortuaire, sombre, rideaux et volets fermés. Il y avait comme un puzzle à reconstituer avec tous ces éléments épars. Hugo était déjà revenu. Dans le couloir, il avait ouvert les deux valises sur le sol. On se ganta de latex. Hugo entra lui aussi dans la chambre avec l’appareil photo qu’il utilisa comme un paparazzi. La tête du mort reposait sur un oreiller. Par terre je trouvai un autre oreiller que j’examinai. Je ramassai les livres. Ils n’étaient pas neufs et sentaient bon la bouquinerie. Je fus étonné par les goûts éclectiques du défunt : un roman à l’eau de rose intitulé L’inaccessible docteur Duchien, un roman policier, Dans les pattes du chat, un roman que je qualifierais d’aventures, Les mystères du chat-chien, et une revue éditée par une société wallonne d’ethnologie et qui portait en titre : Les fantômes de chats chez les Hommes-chiens d’Asie du Sud-Est. On peut dire que notre macchabée avait une certaine suite dans les idées. Je finis par repérer un blouson qui contenait un portefeuille qui, à son tour, offrait des papiers d’identité avec nom et adresse. C’est ainsi que je pus faire plus ample connaissance : la victime s’appelait Marou Piepie-Vanvan, quarante-cinq ans, résidant dans un petit village perdu en forêt à l’autre bout du département. Marou Piepie-Vanvan ! Un sacré nom ! Je me penchai pour examiner le petit-déjeuner répandu par terre. Machinalement je commençai à reconstituer le bol avec les morceaux brisés. Etait-ce un bol ou un saladier ? Il y avait beaucoup trop de pièces à ce puzzle. J’abandonnai.

Cette première inspection de la chambre ne me disait pas grand-chose pour l’instant, si ce n’est que j’avais trouvé l’identité de notre mort. Le relevé des empreintes digitales nous prit encore pas mal de temps. Nous étions tout de même un peu gênés de nous activer à côté d’un mort tout nu sur son lit.

– On ne pourrait pas le recouvrir d’un drap ? demanda Hugo. Il pourrait prendre froid, là, complètement à poil.

‘A poil’, drôle d’expression ! Je préférais ne pas trop y toucher, à ce corps sans vie. Les spécialistes, s’ils avaient pu venir, auraient sans doute pu découvrir des indices importants. Mais bon, bref ! L’inspection à l’ancienne finie, les valises refermées, on descendit.

 

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