14. Comme au temps de la Principauté

 

– Comment trouvez-vous le biscuit de Revin ? C’est un gâteau mollet plus léger que de la plume.

– Il est délicieux, fit Magogneau. C’est qui qui l’a fait ?

– Madame Grumillon, pardi. Ah, ma femme est bonne cuisinière !

– Reprenons notre entretien. Rien pendant la nuit. Vous n’avez rien remarqué du tout ?

– Quand je dors, je dors. Il n’y a que les ronflements de ma femme et les cris de la Rose qui peuvent me réveiller. Non, rien de rien.

– Et hier soir, avez-vous remarqué quelque chose de particulier ?

– Hier soir ? Mais non ! Il y avait le match. Alors on a regardé le match. C’était Sedan qui jouait, alors…

Raisonnement on ne peut plus logique ! L’aubergiste semblait avoir donné toute son énergie à me raconter la découverte matinale du macchabée. Et si le football sedanais, que dis-je, ardennais était en jeu, alors la comprenette ne pouvait plus fonctionner. Il me fallait y aller par petit bout.

– À quelle heure avez-vous servi le dîner ?

– À huit heures, ma femme a servi l’entrée, des hures de sanglier farcies apportées par Alphonse, Alphonse Querton, le boucher. À huit heures trente le plat de résistance était servi : une dinde rouge rôtie avec une cacasse à cul nu et une salade bien vinaigrée pour faire passer le tout. Parce qu’à huit heures trente précises commençait le match : Sedan contre l’équipe de France. Ah quel événement ! Je ne sais plus à quelle heure on a mangé le dessert : une tarte à la rhubarbe.

– Qui était présent lors du dîner ?

– Alors : il y avait devant le poste de télévision Alphonse Querton, le boucher et Alfred Bounette, le boulanger qui avait apporté ses crottines pour le café, et moi-même, et ma femme aussi, de temps en temps, mais pas souvent, car elle était bien occupée. À la table, là-bas, tout seul, il y avait le monsieur de la chambre numéro 1, Roger Crolle qu’il s’appelle, je crois. Je l’ai invité à prendre place devant la télé, mais il a refusé. Il nous tournait presque le dos. Vous vous rendez compte ? Au lieu de regarder le match, il avait pour spectacle la table occupée par mes deux autres clients : monsieur Marou et monsieur Arlan qui discutaient beaucoup, surtout monsieur Marou. C’est comme s’il racontait une histoire. Ces deux-là non plus n’avaient pas l’air de s’intéresser au football. Ah, il y a des choses que je ne comprendrai jamais !

– Et c’est tout ! Personne d’autre ?

– Personne d’autre. Ah, attendez ! On avait déjà fini le café. C’était pendant la deuxième mi-temps. On a eu la visite de la nouvelle productrice de dindes rouges, Marguerite Versaine, venue s’inquiéter de la qualité de la dinde rouge et aussi pour nous faire déguster une terrine de dinde rouge à la bière. Et effectivement sur une bonne tranche de pain de campagne et avec une bonne bière, sa terrine est délicieuse, même juste après le café. Il n’y a que Querton, le boucher, qui a fait la fine bouche, mais c’est par jalousie. Je me rappelle que monsieur Marou était venu nous joindre et qu’il a fini la terrine avec ses doigts. La Marguerite Versaine nous a quittés toute heureuse. Monsieur Arlan était déjà monté se coucher. Ma femme aussi est partie se mettre au lit juste avant la fin du match. Ça aussi je ne comprends pas. Après, on a fêté la victoire. Trois-zéro. La raclée qu’elle a prise, l’équipe de France ! On se serait cru au temps de la Principauté ! J’ai invité l’autre client qui était toujours tout seul à sa table. Mais il a préféré aller se coucher lui aussi. Pas un Ardennais, lui.

– Et puis ?

– Et puis vers onze heures, Querton et Bounette sont partis, monsieur Marou est monté se coucher. Moi, j’ai rangé la goutte, j’ai mis la verroterie à tremper, j’ai fermé les portes et je suis allé me coucher.

– Il était quelle heure ?

– Vers les onze heures et demie.

– Et vous n’avez rien remarqué de particulier.

– Rien de rien.

 

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