16. Éplucher des échalotes

 

C’était au tour de l’écrivain Charles-Edouard Arlan de passer à la casserole. Vu sa corpulence, il aurait fallu une marmite, un gros faitout. Je lui gardais encore un peu de rancune de sa chute d’hystérique. Le fait qu’il ait passé la soirée en compagnie de la victime me le rendait bien sûr intéressant. Ce qu’il me dit, à peine entré dans la salle, me le rendit antipathique.

– Non, mais c’est incroyable ! Où va-t-on ? Cette patronne d’auberge de province qui vient de me demander d’éplucher des échalotes !

– Monsieur, nous ne sommes plus en voyage touristique. Il s’agit maintenant de faire la lumière sur la mort du locataire de la chambre numéro 4. Les personnes aptes à cette tâche que sont messieurs Madédée et Magogneau, et moi-même, ont besoin de se restaurer. Vous suivrez bien les instructions de madame Grumillon sous peine d’entrave au bon fonctionnement de la justice.

– Non, mais c’est incroyable !

– Que dis-je… au bon service de la vérité. Bien, passons aux autres choses sérieuses : nom, prénoms, âge, domicile, qualité ?

– Mais…

– Dépêchez-vous, mon dictaphone est en marche.

– Arlan, Charles-Edouard, soixante ans, domicilié à Paris, je suis écrivain.

– Vivez-vous de votre plume ?

– Mais enfin ! Pour qui me prenez-vous ? Évidemment que je vis de mon art ! Vous devriez lire un peu plus, gendarme. Et si vous fréquentiez des librairies, vous sauriez que, chaque année en septembre, le best-seller du moment porte mon nom. De plus, outre mes romans, j’écris aussi pour le théâtre et la presse nationale, sans parler de mes essais, ni de ma poésie.

– Quand êtes-vous arrivé à Bayencourt ?

– Hier, dans l’après-midi, en taxi.

– Bien. Connaissiez-vous la victime ?

– Non, pas vraiment. Pour ainsi dire pas du tout. J’ai croisé ce monsieur à l’auberge des Quatre Étoiles, c’est tout.

– Et que faisiez-vous hier soir à sa table ?

– Hier soir ? Ah oui ! Eh bien, comme il dînait seul, il m’a invité à me joindre à lui. J’ai accepté.

– Venez-vous souvent dans les Ardennes en général, et à Bayencourt en particulier ?

L’écrivain ne répondit pas tout de suite. De toute évidence, il réfléchissait à ce qu’il devait dire. Son début de phrase…

– J’avoue…

… me laissa espérer beaucoup…

– J’avoue venir tous les ans à la même époque passer une nuit ou deux à l’auberge des Quatre Étoiles. Voyez-vous, fin juin a lieu un événement culturel d’une certaine importance pour lequel il me faut me préparer. Je viens ici prendre l’air et quelques forces en vue de cet événement.

– Et quel est-il, cet événement ?

– Ma conférence de presse, évidemment, annonçant que je viens de finir mon dernier roman et que celui-ci sera en librairie début septembre.

– De quoi avez-vous parlé hier soir à table ?

– Oh vous savez, j’ai surtout écouté. Il m’a bassiné pendant tout le repas avec sa vie. Assez ennuyant, en fin de compte.

– N’avez-vous rien remarqué cependant qui puisse éclairer d’une manière ou d’une autre l’enquête ?

– Non, je ne vois pas.

– N’y aurait-il pas dans votre conversation d’hier soir à table des éléments que l’on pourrait maintenant qualifier de remarquables ?

– Aucun.

– Je vous remercie, monsieur Arlan. Vous pouvez retourner à la cuisine éplucher les échalotes.

– Ne pourrais-je pas au moins retourner dans ma chambre pour faire un brin de toilette.

– Non. Pas maintenant. Plus tard peut-être.

 

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