34. Les contes de l’apéro

 

Ce coup de fil avec l’autre brigade m’avait ragaillardi. J’avais envie de boucler cette enquête rapidement et j’avais bon espoir de rentrer chez moi ce soir pas trop tard. J’allai gaiement dans la chambre numéro 1, celle de Roger Crolle pour prendre un exemplaire des Fantômes du cordonnier. Je redescendis en sifflotant et passai devant Amédé qui me dit :

– Mais enfin, Antoine, il y a quelque chose qui ne va pas ?

– Tout va bien, pourquoi ?

Je pris au passage mon dictaphone, réfléchis un instant et reposai l’engin sur une autre table. À quoi bon ! Je n’écoutais jamais ces enregistrements. Je me suis même parfois demandé si j’appuyais sur les bonnes touches, si j’avais seulement une fois enregistré quelque chose. Je demandai à mon gendarme de fermer la porte de l’auberge à clé et de me suivre. En traversant la cuisine, je remarquai un nuage de farine créé par les mains pâtissières de Victorine Grumillon et de Rose Alonde.

– On ne sait pas quoi faire, alors on fait des tartes et des gâteaux, me dit la patronne. Il y a déjà deux tartes dans le four.

– Très bien. Très bonne initiative, approuvai-je.

L’aubergiste, Roger Crolle et Hugo Magogneau s’occupaient avec des fruits frais ou en bocaux. Je n’ai pas pu voir exactement quoi. Seul Charles-Edouard Arlan ne faisait rien. Hugo me le fit remarquer :

– Monsieur Arlan préfère protester pendant cinq minutes, puis les cinq autres suivantes, il gémit. Et ainsi de suite. Vraiment, monsieur Arlan, ce n’est pas comme ça que vous allez faire avancer l’heure du goûter !

– Mais je m’en fous du goûter, répliqua Arlan. Je m’en contrefous. Cette garde à vue dans une cuisine d’auberge est intolérable. J’irai me plaindre à vos supérieurs.

– C’est ça ! On leur dira, nous aussi, comment vous vous comportez, ajouta Amédé Madédée.

Charles-Edouard Arlan m’agrippa par la manche et se mit tout à coup à pleurnicher :

– Vous le retrouverez, hein, ce qu’on m’a volé ! Vous me le rendrez, n’est-ce pas ? Autrement, je suis foutu, complètement foutu.

Hugo, rapide comme d’habitude, retira ces pattes de mon uniforme et je pus sortir de la cuisine en sifflotant pour me diriger vers la tonnelle.

Il faisait vraiment bon sous la vigne où pendaient les grappes vertes et prometteuses d’un raisin de table digne de celle de la reine Victorine. Bien assis, je me mis à feuilleter le livre pris dans la chambre numéro 1.

– Tu ne vas quand même pas te mettre à bouquiner ? fit Amédé outré. L’enquête n’est pas encore terminée.

Je poursuivais mon examen : la première de couverture, les premières et les dernières pages et la quatrième de couverture avec la photo de l’auteur, Jacques Cuvilleux.

– Non mais, Antoine, qu’est-ce que tu nous fais ? Ce n’est pas sérieux ! C’est quoi le titre, en plus ? Une histoire de fantômes ! Tu lis des trucs comme ça, toi maintenant ?

– Sais-tu, Amédé, ce que veut dire « à compte d’auteur » ?

– De quel conte me parles-tu ?

– Du compte d’auteur.

– Je ne connais pas ce conte-là. Les contes de l’apéro, du prénommé Charles, oui, mais pas celui-là.

– Ecoute bien, Amédé. Pour faire simple, il y a deux façons de faire publier un livre. Ou bien, c’est un éditeur qui finance l’impression du livre que tu as écrit, et qui te donne de l’argent.

– Mais je n’ai rien écrit…

– Ou bien, c’est l’auteur qui paie l’imprimeur pour fabriquer son livre et qui, ensuite, trime à le faire vendre.

– Oui, et alors ?

– Eh bien cette deuxième situation s’appelle l’édition à compte d’auteur. Et ce livre, Les fantômes du cordonnier, a été édité à compte d’auteur, autrement dit grâce au compte en banque de … ?

– Je comprends. Grâce au compte en banque de … Comment il s’appelle… montre la couverture… oui… Jacques Cuvilleux.

– Non !

– Quoi non !

– Regarde la photo du frisé sur la quatrième de couverture.

– Mais c’est Crolle ! C’est Roger Crolle.

– Cuvilleux est un pseudonyme.

– Ou alors c’est Crolle le faux blaze.

– Tu as tout compris, Amédé.

 

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