7. Le tour du propriétaire, sauf la cuisine.

 

Je voulais entendre la doctoresse Alice Louvette avant de contacter nos services scientifiques et légistes. En attendant, je fis demander l’aubergiste. L’homme était grand, une ancienne armoire à glace un peu tassée par l’âge, avec le ventre des commodes de style Oktoberfest.

– Nom, prénom, qualité ?

– Grumillon, Victor, aubergiste à Bayencourt depuis plus de trente ans.

– Monsieur Grumillon, faites-moi visiter votre établissement.

– C’est comme monsieur voudra, dit-il comme soulagé de ne pas avoir à parler du drame. Alors ici, vous vous trouvez dans la salle de l’auberge : on peut y servir une vingtaine de couverts. Il y a aussi le bar comme vous voyez. On y sert en pression que de la bière ardennaise bien sûr, c’est la meilleure et ça fait marcher l’industrie régionale, n’est-ce pas ? Mais on fait surtout café au village pendant la saison creuse. En été, on a quelques clients de passages, des touristes. La porte, là, c’est les toilettes. À gauche, c’est la porte de la cave, bières et vins, et la goutte aussi, cadenassée par mes soins.

Et il frappa de sa main droite sur une petite sacoche en cuir accrochée à sa ceinture. Je lui demandai ce que c’était.

– Toutes les clés de la maison, les doubles et celles qui sont uniques, comme la clé de la cave. C’est ma sécurité, ma fierté, un peu aussi ma folie.

Il m’avoua avoir même des doubles des clés de tous les meubles de la maison.

– Faut dire aussi que c’est pratique quand un client ferme à clé un tiroir dans lequel il a mis ses papiers et son portefeuille par exemple, et qu’il perd la clé en promenade. Mais bon, la visite de l’auberge… Cette autre porte donne sur nos appartements privés.

– Allons-y.

En fait d’appartement privé, il ne s’agissait que d’une vaste chambre avec un grand lit. Deux grosses armoires en chêne semblaient monter la garde. Il y avait un lavabo en vieille faïence et ses robinets des années trente. Une fenêtre, pas de porte vers l’extérieur.

– Sacrées armoires !

– Oui. L’une est pour nos affaires, ma femme et moi, l’autre, c’est pour les conserves de madame Grumillon, la cuisinière.

Je ne comprenais pas bien le distinguo entre sa femme et la madame Grumillon cuisinière.

– Bin, comment dire, s’essaya l’aubergiste, ma femme, c’est ma femme, quoi ! Mais quand elle fait la cuisine, elle prend une tout autre importance qui oblige au respect. Au point que parfois, dans certaines circonstances, j’appelle ma Victorine madame Grumillon.

– Ouvrez, s’il vous plaît, l’armoire aux conserves.

Une armoire ardennaise faite corne d’abondance ! Une bibliothèque de bocaux de toutes les couleurs ! Un cabinet de curiosité si on s’intéressait à tous ces contenus ! Le compte rendu, classé et étiqueté, d’un semestre ensoleillé au potager et au verger !

L’aubergiste rompit le charme :

– Le problème, c’est qu’on n’a pas assez de clients pour écouler le stock et que le potager commence à bien produire et que madame Grumillon ne pourra s’empêcher de faire encore des conserves. Venez, je vais vous montrer maintenant la cuisine.

– Montons à l’étage, nous finirons par la cuisine.

– Comme vous voudrez.

– Magogneau, vous surveillez le rez-de-chaussée.

– Tout de suite, chef.

À l’étage, il y avait un long couloir qui coupait la maison en deux. Côté façade, à gauche, la chambre numéro 1, celle du locataire en pyjama. Puis des toilettes communes au milieu. À droite, la chambre numéro 2, celle occupée par l’aubergiste pendant la nuit.

– C’est que ma femme ronfle beaucoup ! expliqua-t-il.

De l’autre côté, avec vue sur le jardin, il y avait en face de la chambre du client en pyjama, la chambre du mort. La numéro 4.

– Ah ! Si j’avais su que le numéro 4 portait malheur ! gémit l’aubergiste, je n’aurais pas gardé tel quel le nom de l’auberge !

– Qui est ?

– L’auberge des Quatre Etoiles.

Au milieu, l’escalier. Et en face de la chambre de l’aubergiste, la chambre numéro 3, celle de l’écrivain célèbre.

– Il n’y a pas de grenier ? demandai-je.

– Si, enfin, c’est plutôt des combles. On n’y va jamais. Il n’y a rien à voir, que des vieilles chaises et de la poussière. Devons-nous descendre ?

– Comment y accède-t-on, aux chaises poussiéreuses ?

– Comment ?

– Je veux dire : comment se rend-on dans ce grenier ?

– Il y a une trappe, fermée à clé, dans le plafond de la chambre numéro 2.

Il frappa sur son grand trousseau de cuir et reprit :

– Il faut aussi aller chercher une échelle à la cave. Le plafond de la numéro 2 est assez laid en fait. C’est pour cela que je prends cette chambre et que je ne préfère pas la donner aux clients.

Je jetai un rapide coup d’œil dans les chambres, sauf celle du mort. Les chambres étaient simplement meublées d’un lit et de sa table de chevet, d’une petite table pouvant servir de bureau et d’une chaise, enfin d’une armoire. Elles étaient vieilles, mais propres et fraîches. Il y avait aussi un lavabo. Exactement le type de chambres qu’on pouvait souhaiter pour venir y faire une sieste après un bon gueuleton au rez-de-chaussée.

– Bien, fis-je. Allons à la cuisine.

En descendant, la doctoresse m’attendait en compagnie du maire et de Magogneau.

 

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