Yves Kretzmeyer a lui aussi pris le dernier train.

Récemment, Yves Kretzmeyer nous a quitté. Ses bandes dessinées nous restent. La saga du Sacré Verrat d’Arthémise fait maintenant partie de notre patrimoine régional. Et on ne peut que se réjouir de savoir que les cinq tomes de la série ont été réédités en un volume par Noires Terres en 2017. Songeant à rendre hommage à Kretzmeyer, c’est instinctivement Le dernier train (paru en 1994) que j’ai retenu. Cinquième épisode de la série qui marque aussi la fin du personnage principal (un sixième épisode paraîtra encore en 2005).Yves Kretzmeyer - Le dernier train - dans le Sedanais

Sur le bout de la langue

Ayant grandi dans les Ardennes, même dans une famille qui n’était pas patoisante, j’ai acquis une connaissance relative du patois ardennais. Ce n’a jamais été l’immersion linguistique, mais je peux quand même lire les BD de Kretzmeyer sans avoir trop recours à l’index Patois-Français qui accompagne chaque aventure du Sacré Verrat. Mais qu’en est-il des plus jeunes ? Ont-ils encore une forme de sensibilité à certains mots du terroir ? Pour le savoir, il faudrait faire lire les faits et gestes d’Arthémise à l’école, au collège, au lycée. Les profs de français ou de langues étrangères devraient d’ailleurs connaître une des vertus de la bande dessinée : la puissance du contexte en images et en mots. Yves Kretzmeyer - Le dernier train - C'n'est mie ça qui nous remplit l'vatteAvec les BD de Kretzmeyer, on peut (ré)apprendre facilement le patois, ou plutôt des notions. Sans le contexte de l’histoire et des images, je n’aurais pas aussi vite compris le mot vatte dans la phrase « C’n’est mi ça qui nous remplit l’vatte ! ». C’est le contexte d’un repas compromis qui m’a éclairé. Idem avec aller queude des puchalis pour la salade au lard. On sait que le pissenlit fait la salade au lard et que ceux-ci poussent plus dans les champs qu’au supermarché ; et donc qu’il est nécessaire d’aller les cueillir si on veut pouvoir se remplir le ventre. Le contexte de l’histoire et des vignettes sont évidemment très utiles à qui voudrait sensibiliser la jeunesse à notre patrimoine linguistique. Quoi de mieux que d’associer ici la langue et la cuisine pour parler de sa culture régionale !

Yves Kretzmeyer - Le dernier train - Le moment des puchalits

Avis aux auteurs

Yves Kretzmeyer nous amuse en nous offrant les aventures du sacré verrat, en nous peignant la vie du village, en nous racontant les blagues de sa vallée, cependant il nous offre bien plus. Il permet de garder sur le bout de nos langues des notions de patois comme nous venons de le voir, mais il y a une autre leçon, celle-ci plus pour les créateurs, que le père d’Arthémise nous propose. L’art de faire de la bande dessinée, d’écrire de la fiction en se basant sur l’histoire locale. Dans le dernier train, Kretzmeyer prend le fait divers des années trente d’un train fou brûlant le terminus de Raucourt et défonçant la façade d’une usine. Comme quoi il n’est pas besoin d’aller à Paris, car la vallée de l’Ennemane et son train fou valent autant que l’accident à la gare Montparnasse en 1895.

Yves Kretzmeyer - Le dernier train - Terminusgare Montparnasse 1895

 

 

 

 

 

Avis aux auteurs en manque d’inspiration, plongez-vous dans les archives de l’Ardennais, récoltez quelques faits divers et bâtissez votre histoire. C’est ce qu’a fait Yves Kretzmeyer dans Le dernier train pour raconter des tranches de vie de ses ancêtres.

Les bandes dessinées d’Yves Kretzmeyer ont donc à plus d’un titre leur place dans la bibliothèque de la Cacasse littéraire. Ce devrait être aussi le cas chez vous !

 

Vous pouvez vous procurer la saga du Sacré verrat d’Arthémise

dans les bouquineries, les librairies ou chez l’éditeur (Noires Terres)

ou sur internet en cliquant sur cette image :

Note : Pour ceux qui voudraient se réapproprier le patois ardennais, écoutez le podcast « Nous n’ant rin dit », qui offre par ailleurs en première partie de l’épisode du 30 octobre 2019 une rapide leçon de cuisine sur la salade au lard.

Yves Kretzmeyer a aussi dessiné des Histoires de dires. (re)Lisez la chronique de la Cacasse littéraire consacré à cette BD.

Dire et dessiner des histoires, avec Yves Kretzmeyer

 

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