22. Les crottines vont toujours par quatre.

 

Je refis un tour assez rapide au premier étage. Je revisitai de nouveau les quatre chambres. Je revis le corps de Marou Piepie-Vanvan que j’avais presque oublié. Il faudrait aussi s’occuper de lui. Heureusement, les volets, la fenêtre et les rideaux de sa chambre étaient fermés, et il faisait relativement frais dans la pièce. Je redescendis les mains vides. Je n’avais rien trouvé dans la chambre numéro 3. Vous allez me dire que c’est normal puisqu’il y a eu vol, disparition. Cependant je n’étais pas satisfait. Un instant je m’inquiétais de la santé mentale de l’écrivain Arlan, qui à deux reprises, à mon arrivée et dans la matinée, avait crié, tel un dérangé, au vol. Vol d’argent, vol d’un manuscrit. Avait-il rêvé deux fois ? Sous peine de créer moi-même une histoire assez rocambolesque, ou plutôt rouletabillesque, je devais vraiment prendre l’air. J’instruisis Hugo Magogneau :

– Personne en haut, personne n’entre, personne ne sort de l’auberge. Je serai de retour pour le déjeuner.

Et je sortis de cette maison de fou.

Il faisait vraiment bon dehors. Je me demandai si je n’allais pas cet après-midi installer mon poste interrogatoire dans le jardin sous la tonnelle. Je me dirigeai vers la boulangerie.

C’était une dame qui se tenait derrière la caisse :

– Bonjour monsieur. Alors qu’est-ce que ce sera ?

– Quelques questions.

– Ah, vous ne venez pas pour nos crottines ?

– Je ne crois pas, mais comme je suis très curieux, je voudrais savoir ce qu’est une crottine.

– On dit ‘des crottines’, car elles vont toujours par quatre, comme les quatre rochers de Bayencourt. Les crottines, c’est de la pâte de galette à suc’. Vous connaissez la galette à suc’.

– Oui, oui.

– Ah, bin, vous me rassurez ! Donc, c’est de la pâte de galette à suc’ façonnée façon crotte et cuite au four. Tenez, en voilà. Gouttez-moi ça.

Elle me tendit une crottine toute fraîche et c’est vrai que c’était bon.

– Mais attention, ça n’a rien à voir avec les crottes d’âne.

– Ah bon ?

– C’est peut-être la même pâte, mais les crottes d’âne, c’est frit, c’est gras, c’est un peu cramé diront les mauvaises langues. C’est différent, quoi.

Elle se tut un instant, puis reprit :

– Vous venez donc poser des questions ?

– Oui, je voudrais savoir…

– Eulalie Bounette, née Darnée, trente-trois ans, boulangère à Bayencourt.

J’aurais pu ajouter : taille moyenne, fausse blonde dont on perçoit le brun à la racine des cheveux.

– Je n’ai rien vu, je n’ai rien entendu. J’ai tricoté toute la soirée avec madame Querton, la bouchère. Nous, on n’aime pas le foot.

– Est-ce que je pourrais parler à votre mari ?

– C’est possible, mais il va falloir le réveiller. Il fait sa sieste du matin. Vous savez, les boulangers, ça se lève tôt, très tôt.

Je remerciai madame Eulalie Bounette, née Darnée, et poursuivis dehors ma promenade vers la boucherie.

 

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