33. Les mots fantôme, revenant, ou encore spectre

 

À mon retour à l’auberge, Amédé Madédée se tenait derrière le bar, près du téléphone, un vieux truc en bakélite, en train de feuilleter un annuaire. Le téléphone, c’est le péché mignon d’Amédé. À la brigade, il ne peut pas s’empêcher de jouer au standardiste. Une chose qui m’arrange, moi qui ai une véritable horreur de cet engin.

– Alors Antoine, me lança-t-il, du neuf ?

– Des petits bouts d’idées qui commencent à s’assembler en bouts plus grands. Et ici, comment ça se passe ?

– Moi, ça va. C’est Hugo, dans la cuisine, qui se tape surtout le client Arlan. Celui-là, tantôt il râle, tantôt il gémit. Ah ça, il n’y a rien à dire, c’est une bien curieuse journée que nous passons à l’auberge des Quatre Zétoiles.

– Tu dis zétoiles, toi ?

– Ben oui, les Quatre Zétoiles, quoi ! Quatre, c’est quand même du pluriel, alors il faut un ‘s’à quatre, et s’il y a un ‘s’, alors il y a liaison entre quatre et étoiles. Et ça fait : zétoiles. Non mais, gendarme Antoine Fabert, tu ne vas pas m’apprendre la grammaire !

Curieuse grammaire ! Mais qui ne manque pas de logique… Enfin, il ne servait à rien de contredire Amédé. J’allais m’asseoir à ma table des interrogatoires pour réfléchir à la suite de mon travail : le continuer dans la salle de l’auberge ou le poursuivre sous la tonnelle dans le jardin. Le téléphone sonna. Madédée, rien que pour le plaisir, le laissa encore sonner.

– Alors Amédé, décroche.

– Allo ? Oui… Gendarme Madédée à l’appareil… Ah c’est vous, les collègues… Et alors, qu’est-ce que ça a donné la visite chez la victime ? Ah bon, pas grande chose… L’O.P.J. Fabert ? Oui, il est là. Un instant.

Amédé mit sa main sur le microphone du combiné pour me dire :

– Antoine, c’est les collègues de l’autre brigade. Ils viennent juste de terminer l’inspection chez le Marou Piepie-Vanvan. Ils n’ont rien trouvé. Ils demandent si tu as encore des questions maintenant qu’ils sont encore sur place, car ils n’ont pas envie de revenir une troisième fois dans ce trou perdu. Tu veux leur parler ?

– Non. Tu restes au téléphone. Alors ils n’ont rien trouvé ?

– Apparemment non.

– Demande-leur s’il y a une pièce ou un coin qui ferait bureau dans la maison.

À son aise, Amédé transmit ma question. Il me dit aussitôt que le collègue téléphonait justement d’une pièce faisant office de bureau puisqu’il y avait une table de travail avec un ordinateur, plein de papiers dessus, quelques livres aussi.

– Quel type de livres, demandai-je ?

Il n’y avait apparemment que des histoires de fantômes si on s’en tenait aux titres. Une table basse supportait une lourde imprimante laser. La pièce contenait aussi deux bibliothèques et encore plein de livres par terre. Une autre grande table sur laquelle des tas de feuilles annotées semblaient avoir été classés.

– Demande-lui d’essayer d’allumer l’ordinateur.

Heureusement, on pouvait accéder aux fichiers de l’ordinateur sans mot de passe. Je demandai de chercher le document le plus récent et de l’ouvrir. J’avais la chance d’avoir à l’autre bout du département un collègue habile en informatique. Il s’agissait d’un texte de quatre cents pages ayant pour titre : Je ne crois pas aux fantômes, et pourtant…

– Demande-lui de confirmer ce titre, et de bien regarder sur la page de garde le nom de l’auteur du document.

Le titre était confirmé. En revanche, le document ne portait aucun nom d’auteur. Le collègue prit l’initiative d’ouvrir d’autres fichiers datant chacun d’une année différente et ayant tous un titre comportant soit le mot fantôme, soit le mot revenant, ou encore spectre. Aucun des textes de quatre cents pages n’était signé.

Par l’intermédiaire d’Amédé, je remerciai vivement le collègue du bout du fil pour ces informations.

– Amédé, demande-lui, quand il aura raccroché de chercher des relevés bancaires et de voir s’ils sont alimentés par de grosses sommes d’argent chaque année au moins de juin.

Mon amoureux du téléphone attendit un court instant, transmit ma dernière demande, remercia le collègue, et salua. Il reposa le combiné sur l’appareil délicatement, sortit son mouchoir et lustra la bakélite. Quand il eut fini :

– Le collègue a dit qu’il allait chercher les informations bancaires et a ajouté qu’il venait d’apercevoir sous une montagne de livre dans un coin du bureau quelque chose qui ressemblait à un coffre-fort.

Un coffre-fort ! À mon avis, les relevés bancaires ne nous apprendraient rien. Mais ce coup de fil m’en apprit beaucoup.

 

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